Selon une étude menée par la Direction générale du Trésor, la pollution de l’air ne se limite pas à un enjeu environnemental ou sanitaire : elle constitue aussi un poids économique majeur. En traduisant ses effets en valeur monétaire, les économistes mettent en lumière un coût global qui se chiffre en centaines de milliards d’euros chaque année.
Un coût sanitaire qui dépasse les 150 milliards d’euros par an
D’après les travaux s’appuyant notamment sur les données de Santé publique France, la pollution atmosphérique génère des coûts considérables liés à ses impacts sur la santé.
Entre 2016 et 2019 :
- Les particules fines (PM2,5) représentent environ 12,9 milliards d’euros par an en coûts liés aux maladies
- le dioxyde d’azote (NO2) environ 3,8 milliards d’euros par an
Mais ces montants augmentent fortement si l’on intègre la mortalité :
- 130 milliards d’euros par an pour les PM2,5
- 23 milliards d’euros par an pour le NO2
Dans un scénario sans pollution liée aux activités humaines, les gains associés aux décès prématurés évités atteindraient plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Ces chiffres illustrent l’ampleur du coût réel de la pollution, bien au-delà des dépenses de santé visibles.
Une économie directement affectée à court terme
L’étude de la Direction générale du Trésor met aussi en évidence des effets immédiats sur l’activité économique.
Trois mécanismes principaux sont identifiés :
- L’absentéisme (maladie, absences scolaires)
- La baisse de productivité des travailleurs présents
- La diminution de la consommation
Une hausse de 10 % de l’exposition aux PM2,5 entraîne ainsi une baisse d’environ 0,4 % du chiffre d’affaires des entreprises dans les deux mois suivants, sans rattrapage ultérieur.
Fait notable : ce n’est pas l’absentéisme qui explique l’essentiel des pertes, mais plutôt une baisse des capacités cognitives et de la productivité, ainsi que des changements de comportement des consommateurs.
À l’inverse, améliorer la qualité de l’air aurait des effets positifs majeurs. Une réduction de 25 % de l’exposition aux particules fines pourrait générer environ 7 milliards d’euros de PIB supplémentaires chaque année en France.
Des effets durables sur l’éducation et l’innovation
Au-delà du court terme, la pollution affecte aussi le capital humain, avec des conséquences durables :
- Baisse des performances scolaires en cas de forte pollution
- Effets négatifs sur le développement cognitif des enfants exposés précocement
- Impact sur les trajectoires éducatives
Par exemple, une exposition accrue le jour d’un examen peut faire baisser les résultats, tandis qu’une amélioration de la qualité de l’air pendant la grossesse augmente les chances d’accès à l’enseignement supérieur.
L’étude souligne également un effet sur l’innovation : une hausse de la pollution est associée à une baisse du nombre de brevets déposés, ce qui peut freiner la croissance à long terme.